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mercredi 20 août 2014

La gratuité de l’eau : Une hérésie ?

Les usagers sont prêts à payer l’eau. Certes. Mais ce constat n’évacue pas pour autant la question de la gratuité de l’eau. Un débat souvent sujet à caricatures et raccourcis qu’il convient ici de déconstruire.
Certaines ONG, dont France Libertés, prônent la gratuité du service de l’eau pour tous, dans les limites d’une quantité journalière nécessaire aux besoins vitaux et établie entre 40 et 50 litres. Le PNUD réclamait lui aussi « au moins 20 litres ». Cette notion de « gratuité de l’eau » donne lieu à bien des caricatures. Mais en fait, de quoi parle-t-on ?
Une gratuité relative
L’Eau est indispensable à la vie : elle n’est pas fabriquée par l’Homme et n’est pas une marchandise. Elle ne saurait donc être vendue. Elle n’a pas de prix, pas plus que l’air que nous respirons. Ce qui a un coût, c’est le service de l’eau, l’adduction, la potabilisation, les réseaux. C’est ce coût qui doit être pris en charge. L’eau étant un bien collectif vital le coût de son service doit être assumé par la collectivité. Ce service étant le garant du droit à la vie reconnu par les déclarations universelles sur les droits humains, nul ne saurait en être privé pour des raisons d’insolvabilité. Il appartient aux collectivités d’assumer un service qui respecte, comme notre éducation « gratuite et obligatoire », un principe de solidarité et de justice redistributive. Il s’agit, on le voit, d’une gratuité « relative », car, en définitive, c’est bien la collectivité qui paie, c’est-à-dire l’ensemble de ses membres en fonction de leurs moyens. De fait, la gratuité existe déjà dans de nombreux cas. Dans les pays pauvres, un grand nombre d’entreprises industrielles ou agroalimentaires ne paient pas l’eau qu’elles utilisent et polluent. En Bolivie, par exemple, aucune entreprise d’extraction minière ne paie pour l’eau qu’elle utilise en énormes quantités. Et dans les pays riches, l’essentiel du coût du service est payé par les particuliers qui consomment moins de 10% de l’eau. Pour les utilisateurs industriels ou agricoles des pays du Nord, l’eau est déjà gratuite ou largement subventionnée.

Gratuité du service = gaspillage
Une étude menée dans les Landes (France) tout comme les programmes réalisés dans des communautés pauvres d’Inde, du Ghana ou de Bolivie montrent que, loin d’être gaspillée, l’eau potable fournie gratuitement est au contraire précieusement économisée. Les gens savent qu’une fois la quantité gratuite utilisée, l’eau deviendra difficilement accessible. Le véritable gaspillage vient, outre des industries et des gros agriculteurs, des habitants à très gros revenus dont la consommation, comme le disent les économistes, « est inélastique au prix » (1).
Les coopératives d’habitants qui gèrent le service de l’eau dans les quartiers pauvres de Santa Cruz (Bolivie) nous ont demandé lors d’une visite de leur fournir... des compteurs. En effet, la survie de ces coopératives qui fournissent l’eau gratuitement dépend de leur capacité à gérer la ressource et à contrôler la consommation, alors que, dans les quartiers résidentiels, on arrose sans mesure parcs décoratifs ou golfs.

Les pauvres ne paient pas
Encore une fois cette idée est fausse. Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi (Kenya), nous avons constaté que l’eau minérale est vendue plus cher que le Coca Cola. Le Rapport mondial sur le développement humain du PNUD de 2006 a d’ailleurs montré que les pauvres paient souvent l’eau plus cher que les riches. Dans les bidonvilles de Djakarta (Indonésie), Manille (Philippines), Accra (Ghana) ou Barranquilla (Colombie), les habitants paient l’eau à l’unité 5 à 10 fois plus cher que les habitants des quartiers nantis de ces villes, et bien plus cher que les Londoniens ou les New Yorkais (2). Des collectifs d’habitants s’y sont donc organisés pour leur propre service de l’eau et paient en heures de travail gratuit les travaux d’adduction ou la fourniture du service à leurs concitoyens. Le service communautaire de fourniture d’eau par camion citerne du Collectif Asicasur à Cochabamba (Bolivie) en est un bon exemple (3). Les pauvres ne demandent nullement la charité/ Ils veulent pouvoir s’approvisionner en eau sans devoir la payer au prix fort.

En conclusion La prise en charge collective des coûts du service est une nécessité vitale pour les plus pauvres. Seule une distribution équitable et contrôlée peut empêcher le gaspillage et non une politique des prix. Les tarifs sociaux sont compliqués à mettre en œuvre car ils nécessitent un système lourd pour vérifier les ressources des usagers (4). En revanche, une gratuité relative collective, « pour la vie », couplée à un système de contrôle des quantités, est une alternative beaucoup plus simple. Une fois les quantités « gratuites » consommées, il ne s’agit pas seulement de pratiquer le « full cost recovery » (5). Il faut aussi inclure dans les tarifs tous les coûts de dépollution ainsi que contrôler et limiter les quantités utilisées par l’industrie et l’agrobusiness. Les compteurs jouent un rôle primordial dans cet enjeu et ce sont justement des compteurs que nous demandent nos partenaires pauvres du Sud, eux pour qui il est vital de pouvoir mesurer cette eau précieuse qui leur coûte tant d’efforts.
(1) Autrement dit : la hausse des prix n’entraîne pas une baisse de la consommation d’eau
(2) Source : WUP, 2003
(3) Lire aussi Cochabamba : Un exemple de démocratie participative, André Abreu, en page 26
(4) Lire Le double tarif de l’eau en France, Henri Smets, en page 29
(5) Système qui fait poser l’intégralité des coûts du service sur l’usager


 Dajaltosa pour Altermondes - Revue de solidarité internationale - Par Catherine Léga - Fondation France Liberté

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