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lundi 29 septembre 2014

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À l’assaut de la cordillère de Darwin

Exploit. Six alpinistes français du Groupe militaire de haute montagne ont réussi la première traversée de la cordillère Darwin, à l’extrême sud du Chili. L’une des dernières terrae incognitae de la planète.


Six silhouettes rouges se dressent côte à côte dans la tempête et bataillent pour tenir bon. Autour d’elles, une rafale de 100 km/h soulève des tourbillons de neige. Température : -10 °C. Visibilité : nulle.
Un an plus tôt, en 2010, Lionel Albrieux, capitaine du Groupe militaire de haute montagne (GMHM), basé à Chamonix, suggère l’idée suivante : tenter la traversée de la cordillère Darwin. Celle-ci fut baptisée ainsi en 1832 par son découvreur, Robert Fitzroy, le capitaine du navire HMS Beagle, en hommage au naturaliste Charles Darwin qui séjournait à son bord.
L’équipe du GMHM s’emballe. La mission combine exploration, découverte et technicité. La réussir serait une première. La quête des alpinistes français rejoint alors celle des premiers explorateurs : partir à l’assaut des « rectangles blancs » des planisphères terrestres. La chaîne de montagnes demeurait, jusqu’ici, l’une des dernières terrae incognitae.
Rares sont les cartes qui la décrivent. Le groupe en déniche une datée de 1954, avec une échelle de l’ordre du 1/250 000e. Difficile d’être moins précis. Seuls quelques sommets, comme celui du mont Darwin (2 488 m), ont été identifiés.
Les nuages masquent le relief et empêchent toute reconnaissance du terrain par satellite. « On ne savait pas du tout à quoi s’attendre. On aurait très bien pu rencontrer le yéti », ironise le lieutenant Didier Jourdain.
Les hommes du GMHM accostent le 6 septembre 2011 à l’extrême sud du Chili, dans les tourmentes du cap Horn. Entre les parallèles des 40e rugissants et des 50e hurlants, des tempêtes agitent mer et terre. Jusqu’aux sommets de la montagne.
Pourtant, au deuxième jour, le vent atteint à peine les 40 km/h et le soleil éclaire le glacier. Le mythe de la cordillère Darwin s’effondre et le capitaine Albrieux s’interroge : « Toutes les expéditions menées et avortées jusqu’ici annonçaient une météorologie terrible. Avaient-elles exagéré la situation ? »


Pas vraiment. Dès le lendemain, impossible de distinguer la terre du ciel. De voir à plus de 2 m. La situation empire, jour après jour. Le premier de cordée guide les autres, sonde le sol comme il peut – à l’aide d’une tige ou d’une cordelette, en rampant parfois – à l’affût des crevasses.
Ses yeux fatiguent et son cerveau comme son GPS peinent à reconnaître les alentours. Les bourrasques s’intensifient, menacent de faire tomber les hommes. Toutes les vingt secondes, ils se jettent au sol pour les esquiver. Transpercés par le froid et encordés à 25 m les uns des autres, ils parcourent seulement 400 m en une journée. Difficile de revenir sur leurs pas, mais insensé de continuer. Vite, ils creusent un abri dans la neige et s’y terrent. Leurs vêtements sont trempés. De la glace se cristallise sur leur peau, sous leurs nombreuses couches de vêtements.
« Nous ne pouvions pas tenir longtemps ni passer la nuit dans ce trou, explique l’adjudant- chef Sébastien Bohin. J’ai cru, un moment, que ça allait mal tourner. » Une demi-heure plus tard, le groupe décide de monter les tentes. Ces dernières ploient sous le vent. À l’intérieur, les alpinistes s’improvisent gymnastes.
À l’aide de leurs pieds, ils soutiennent la structure. Avec leur mains, ils allument le réchaud pour faire fondre la glace et préparer le dîner. En veillant à ne pas enflammer la toile.



L’intérieur de la cordillère Darwin est dépeuplé. Ni homme, ni insecte, ni végétal. Les tempêtes du cap Horn sévissent ici comme en pleine mer et balayent tout sur leur passage. Les habitants de la ville la plus proche, Punta Arenas, murmurent que la région est hantée. © GMHM

Au réveil, les rafales atteignent encore les 110 km/h, et les hommes du GMHM ne quittent pas leurs duvets. Au quinzième jour, ils n’ont traversé que 30 km. À vol d’oiseau, la cordillère s’étale sur 130 km. Le relief, lui, impose un détour de 250 km.

« Nous n’étions pas adaptés au milieu. Le terrain dictait ses règles », souligne le lieutenant Didier Jourdain.
Peu importent les conditions météorologiques, ils décident désormais d’avancer chaque jour. Que ce soit de 500 m ou de 30 km. Délestés d’une partie du stock de nourriture, donc plus légers, ils rattrapent vite le retard accumulé. À la moindre éclaircie, leurs affaires doivent être empaquetées, les tentes prêtes à plier.
Chaque équipier est capable de passer premier de cordée. « Chacun possède des compétences particulières. Mais nous sommes tous des hommes de montagne et nous devons être interchangeables. En cas de fatigue, il faut pouvoir se remplacer, pour qu’il n’y ait pas de poids mort », explique le grimpeur civil Dimitri Munoz.
La préparation des alpinistes du GMHM n’a pas été négligée. Le groupe s’est organisé en fonction de paramètres déterminés, comme la durée de l’expédition – trente-cinq jours étaient initialement prévus. Les charges à porter ont été optimisées, au gramme près.
Chacun transporte tout de même sur son dos et son traîneau 75 kg de matériel, nourriture comprise. Leurs smartphones servent de GPS. Et de baladeur MP3, pour égayer les longues soirées sous la tente.
L’équipement est perfectionné, parfois jusque sur le terrain. Lorsque les chaussures de Lionel Albrieux compriment ses pieds en certains points, le capitaine s’improvise cordonnier. Et se fabrique du sur-mesure, en pleine montagne.


Aucune erreur n’est permise. Un ski cassé, un doigt de pied gelé et l’opération s’arrête. Les conditions météorologiques au sein de la cordillère excluent tout sauvetage par hélicoptère. Pour sortir de la chaîne de montagnes, atteindre le bras de mer le plus proche et rejoindre les secours par bateau, il faut compter une semaine.

« Abandonner se révélait très compliqué. Autant continuer. Nous avions un objectif : traverser la cordillère. Pas à pas, nous avancions vers un objectif commun », affirme le caporal Sébastien Ratel, 25 ans. Les hommes du GMHM se connais- sent depuis quatre à sept années.

Ensemble, ils ont été missionnés en Antarctique, en Alaska et en Himalaya. Sur le terrain, leurs communications verbales sont réduites au minimum. Ils anticipent les réactions de chacun, et prennent des décisions communes d’un simple geste.




Selon le grimpeur civil Dimitri Munoz, « les crevasses ressemblent à de vastes cathédrales souterraines, mesurant parfois 200 m de long sur 7 m de large ». Elles se dévoilent lorsque la neige s’affaisse et sombre dans les entrailles du glacier. © GMHM

Un soir, incapables d’identifier les environs, ils s’arrêtent pour installer le campement. Le lendemain, l’équipe se réveille à quelques mètres seulement d’un précipice vertigineux. Le relief de la cordillère est chaotique. Les blocs de glace mouvants, et surtout les crevasses souvent masquées, sont éprouvants pour le physique et le mental des alpinistes.
Afin de tester les ponts de neige et passer les crevasses, il faut se délester de son traîneau. Parfois, des jambes trébuchent dans le vide.

« Chaque jour, on se demandait si l’on arriverait à ouvrir un passage », se remémore Lionel Albrieux.
Tout au long de la traversée, une autre pensée omnubile les militaires : l’arête de la cordillère, située entre les monts Shipton et Darwin. C’est le passage-clé, le défi technique de l’expédition. Coup de chance : en haut des cimes, les nuages s’écartent, laissant les hommes évoluer comme des funambules sur le fil de la montagne.
Plus que quelques kilomètres pour venir à bout du glacier. Au loin, les six équipiers aperçoivent le canal Beagle, où un bateau viendra les chercher. Euphoriques, ils tentent de se frayer un chemin parmi les blocs de glace.
Arrivés à la pointe du bout du monde, ils marchent enfin dans l’herbe. Premier signe de vie d’une terre sans âmes. « Il nous a fallu quelques heures pour nous détendre. Il nous semblait que la traversée s’était faite en une journée longue de trente jours, explique Sébastien Ratel. Nous sommes conscients d’avoir été les premiers à ouvrir le passage et à fouler ces terres. Mais je crois qu’aucun de nous ne souhaiterait réitérer l’exploit. C’est au tour des prochains. »











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