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samedi 29 novembre 2014

ALERTE : Les camps se multiplient

Les camps sont un monde dans le monde 

Et là, que faut-il en penser ? L'anthropologie nous donne un autre visage du monde tel qu'il l'est effectivement. La planète c'est également cela et un phénomène qui s'amplifie d'autant plus avec les changements climatiques et la multiplication des phénomènes intenses. Ne terminerions-nous pas par être concernés nous aussi ?

On n’a jamais compté autant de camps sur la planète : camps de réfugiés, de déplacés, de migrants… En théorie provisoires, ces lieux qui regroupent près de 20 millions de personnes sont l’un des nouveaux visages de la société mondiale, estime l’anthropologue Michel Agier, qui a dirigé un ouvrage sur le sujet. 
Vous parlez dans l’ouvrage Un monde de camps d’un « encampement » du monde… De quoi s’agit-il exactement ?
Michel Agier1 : Les camps sont en train de devenir une composante majeure de la société mondiale et le lieu de vie de près de vingt millions de personnes ayant fui les conflits, la misère ou les catastrophes écologiques. Les 460 camps de réfugiés situés au Moyen-Orient, en Afrique de l’Est (Soudan, Kenya, Éthiopie, RDC…) ou encore au Pakistan, abritent entre 5 et 7 millions de personnes poussées par la guerre hors de leur pays ; le plus grand, le camp de Dadaad, au Kenya, regroupe à lui seul 450 000 personnes, l’équivalent d’une ville moyenne en plein milieu du désert ! Les camps de déplacés internes, qu’on peut évaluer à 1 500 faute de données officielles, comptent au moins 6 millions de personnes ; rien qu’en Haïti 400 lieux de ce type abritent encore 400 000 habitants déplacés à la suite du séisme de 2010. Encore plus difficiles à chiffrer du fait de leur clandestinité, les camps de migrants auto-installés seraient plusieurs milliers à l’échelle de la planète, dont une bonne part en Europe. Ces regroupements de petite taille, qu’on appelle aussi « ghettos » ou « jungles », sont installés le long des frontières ou dans les interstices urbains – dans des friches, sous des ponts… –, à l’instar des campements de migrants afghans de Calais et de Dunkerque ou des campements roms de la région parisienne.

Pourquoi cette multiplication des camps ?
M. A. : Le phénomène de massification date de la fin de la guerre froide. Une certaine ouverture du monde, l’utopie du village global, ont donné le sentiment d’une plus grande facilité à circuler qui a gagné l’ensemble de la planète. Parallèlement, l’essor des transports, aériens mais aussi terrestres, a favorisé les flux à toutes les échelles : régionale, nationale et internationale. En Afrique, notamment, le réseau routier s’est considérablement développé et le nombre de véhicules a explosé. Ajoutez à cela le marasme économique des pays du Sud, et toutes les conditions de la mobilité sont réunies. Face à cet état de fait, un certain nombre de pays, notamment européens, ont eu tendance à utiliser la solution des camps comme une politique par défaut, ne sachant pas comment empêcher ce qu’ils considèrent comme un problème : des gens qui se déplacent, passent des frontières.
Les camps sont leur façon de gérer les indésirables, le rebut où finissent les personnes qui ont passé tous les filtres. Car une chose est sûre : quels que soient les lois ou les règlements, on ne pourra jamais empêcher des humains de se déplacer.





Vous évoquez dans le livre deux autres types de lieux : les centres de rétention et les camps de travailleurs…
M. A. : Ce sont des formes de camps en plein essor, qui partagent de nombreux points communs avec ceux que nous venons de citer : précarité de l’habitat, caractère provisoire… Les centres de rétention, ces lieux où les gouvernements « parquent » les migrants illégaux en attendant un hypothétique retour dans leur pays d’origine, sont plus d’un millier à l’échelle mondiale. On estime qu’un million de personnes y sont passées en 2013. De toutes les catégories évoquées, ce sont les endroits où l’enfermement est le plus sévère et la tendance, en Europe notamment, est à l’allongement des périodes de détention. Les camps de travailleurs, surtout présents dans les pays émergents comme le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud ou les Émirats arabes unis, mais aussi dans le sud des États-Unis et de l’Europe (Italie, Espagne, Chypre…), répondent à une logique purement économique : dans ces régions, le développement de l’agro-industrie, avec les plantations sucrières par exemple, et le lancement de chantiers titanesques – routes, barrages… –, suscitent un énorme besoin de main-d’œuvre qu’on n’hésite pas à aller chercher directement à l’étranger. La forme du camp permet d’accueillir ces gens utiles économiquement, mais indésirables socialement.

Certains n’hésitent pas à parler d’esclavage moderne à propos des conditions de travail et de vie dans ces camps. Qu’en pensez-vous ?
M. A. : Il est certain que les personnes qui sont accueillies dans les camps de travail, généralement des migrants, ne bénéficient pas des mêmes salaires ni des mêmes droits que les travailleurs nationaux. Dans le livre, le géographe Tristan Bruslé évoque le cas d’ouvriers népalais au Qatar qui se voient confisquer leur passeport par leur employeur et dont la vie se résume aux allers-retours entre le chantier où ils travaillent et les baraquements où ils sont logés. Ils n’ont guère le loisir de voir autre chose, puisque leur employeur vient les chercher le matin et les ramène le soir après leur journée de travail.




Certains camps existent depuis des dizaines d’années, comme le camp palestinien de Chatila au Liban, établi depuis 1948, ou le camp de Dadaad, que vous évoquiez précédemment, construit il y a plus de vingt ans. Peut-on encore parler de solution provisoire dans ces conditions ?
M. A. : C’est l’autre aspect de ce monde de camps, sur lequel nous insistons dans le livre : ces lieux qui sont censés répondre à des situations d’urgence ont tendance à s’installer dans la durée, et ce bien que le mythe du retour reste vivace chez les personnes déplacées comme au sein des organismes et des gouvernements qui gèrent ces camps. Les camps deviennent un lieu de vie que les habitants finissent par intégrer à leur quotidien. On le voit à la transformation matérielle de ces endroits : les gens s’approprient leur habitat, le modifient, et les camps deviennent ce paysage hybride entre village et bidonville… Certains ont même fait l’objet de reconstructions, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes ! C’est le cas du camp de Nahr-al-Bared, au Liban, détruit en 2007 à la suite d’un conflit entre l’armée libanaise et une organisation islamique, et rebâti à la demande des réfugiés. Le nouveau camp, qui suit les contours de l’ancien, a été élaboré suivant un vrai plan d’urbanisme, grâce à la participation d’architectes et d’urbanistes palestiniens et internationaux. Avec ce site, décrit dans l’ouvrage par l’anthropologue Nicolas Puig, on bascule dans une situation inédite : administrativement, ces personnes sont toujours « encampées », mais il y a une vraie reconnaissance urbaine de leur lieu de vie.

Ces camps qui durent, ce monde dans le monde, ne créent-ils pas une nouvelle catégorie d’hommes aux droits limités ?
M. A. : Au prétexte de l’urgence, on tolère que des millions de personnes vivent dans des conditions de précarité réputées intolérables par les grandes démocraties. Surtout, ces personnes se voient privées de droits élémentaires comme la liberté de mouvement – bien souvent contrôlée – et l’expression démocratique, puisqu’on ne demande pas aux réfugiés ou aux déplacés leur avis sur leurs conditions de vie ou sur la façon de gérer le lieu où ils vivent parfois depuis des années. Comme le confiait un peu abruptement un responsable de camp dans une réunion d’humanitaires, « un camp n’a pas besoin de démocratie pour fonctionner ». Lui-même venait de refuser de traiter avec le représentant que les chefs de famille du lieu avaient pris l’initiative d’élire…






Autre particularité de ce monde de camps : il est au cœur de vrais enjeux économiques…
M. A. : Oui, et à plus d’un titre. D’abord, parce que de nombreux habitants qui y vivent travaillent, même s’ils ne sont pas censés le faire, soit à proximité immédiate du camp, soit dans la ville la plus proche ; ce faisant, ils participent au tissu économique local. Ensuite, parce que ces infrastructures qui peuvent atteindre plusieurs milliers, voire plusieurs centaines de milliers de personnes, font l’objet d’une logistique complexe. Quand on construit un camp de réfugiés en plein désert, il faut ériger les tentes ou les baraquements, assurer l’approvisionnement en eau, organiser la livraison de nourriture, tracer des pistes… C’est une véritable industrie, dans laquelle des entreprises et des ONG se sont spécialisées.
En France, certains camps de rétention sont construits et gérés sur le modèle des partenariats public-privé et font intervenir des groupes comme Vinci ou Bouygues.

Certains auraient donc intérêt à ce que les camps continuent d’exister dans le paysage mondial ?
M. A. : Il ne faut pas faire de faux procès : les ONG qui y travaillent sont animées des meilleures intentions. Pourtant, si les camps ont encore de beaux jours devant eux, certaines études estiment que regrouper des personnes dans ces vastes infrastructures n’est pas aussi économique qu’il y paraît et invitent à trouver des solutions alternatives. À ce sujet, une expérience intéressante est d’ailleurs en train de se dérouler au Liban : même si, officiellement, le pays refuse d’installer des camps du HCR pour les réfugiés syriens (le Haut commissariat aux réfugiés est une agence des Nations-Unies), des milliers de personnes ont passé la frontière syro-libanaise pour fuir les combats ; pour les accueillir, et puisqu’aucun camp officiel n’est construit, des particuliers proposent leur propre terrain à ces personnes, moyennant finance. Certains crient à l’exploitation de la détresse humaine, mais on peut aussi se demander s’il n’y a pas là une piste pour insérer plus harmonieusement les réfugiés dans les pays d’accueil. On pourrait ainsi imaginer que ce soit le HCR lui-même qui rémunère directement les habitants qui accueillent des familles de réfugiés… Signe d’une évolution des mentalités sur le sujet : même cette structure onusienne, qui a œuvré à la création de centaines d’infrastructures, commence à réfléchir à une sortie du modèle « tout camp ».

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